Oser pousser les portes, sans parler français !

À 21 ans, Julia FERREIRA-BRITTO n’avait jamais réalisé de film. Ni posé de questions à des inconnus. Ni monté la moindre vidéo. Et encore moins imaginé tourner un mini-documentaire en français, loin de chez elle.

<span>Oser pousser les portes, sans parler français !</span>
Bachelor Communication et stratégies digitales (Bac+3)
Oser pousser les portes, sans parler français !

Étudiante en Bachelor à Excelia Communication School (english track), elle a pourtant relevé le défi, caméra en main — ou plutôt iPhone en main — et signé une petite pépite, à découvrir ici. Un exercice académique devenu une expérience fondatrice. Récit.


 

De Salvador à La Rochelle, une étudiante internationale attirée par la culture… et la mode

Julia vient de Salvador, au Brésil. Elle suit à l’université de Fortaleza un Bachelor en mode, un domaine qu’elle a choisi par passion. Or, depuis longtemps, la France l’attire : sa culture, sa langue — qu’elle a commencé à apprendre avant son départ — et surtout son influence mondiale dans le secteur de la mode. « La mode française est l’une des plus importantes, des plus influentes au monde. Je voulais voir tout cela en personne. »

En explorant les possibilités de mobilité proposées par son université, elle découvre Excelia, seule option avec un enseignement entièrement en anglais. La ville de La Rochelle achève de la convaincre : la mer, la taille humaine, l’atmosphère. Arrivée en septembre, Julia s’installe rapidement. Et choisit, à Excelia, d’orienter son parcours vers la communication, pour créer des ponts avec la mode. « J’aime les petites villes. Et j’avais rencontré des personnes d’Excelia qui m’avaient dit que je pourrais vite me faire des amis ici. Je confirme, je me suis fait de bons amis. »

Un cours de photographie et réalisation vidéo… et un saut dans l’inconnu

C’est dans le cadre d’un cours de photographie et réalisation vidéo que le défi surgit : réaliser un mini-documentaire.
« J’adore la photographie, mais je n’avais jamais filmé. Jamais fait de documentaire. »

Première tentative : partir dans les rues avec une amie, à la recherche d’une boutique de vêtements à filmer. Un terrain familier, rassurant. Mais les refus s’enchaînent. Aucun magasin n’accepte d’être filmé. « C’est normal, mais sur le moment, j’ai dû comprendre qu’il fallait être patiente. Ne pas abandonner après le premier non. »

Alors Julia continue de marcher, de regarder autour d’elle. Jusqu’à ce petit atelier, aperçu depuis la rue. À travers la vitrine, des femmes peignent. Elle observe, sans oser entrer.
C’est Corinne Labarussias, l’occupante du lieu, qui fait le premier pas et l’invite à passer la porte.

Une rencontre décisive, une heure pour tout réinventer

Julia présente son projet, simplement. Elle explique qu’elle cherche un lieu, qu’elle aime l’ambiance de l’atelier, qu’elle voudrait filmer. La réponse est immédiate : oui.
« Elle m’a dit : Je dois finir ce cours. Revenez dans une heure et vous pourrez filmer. »

Une heure pour tout adapter. Les questions, pensées à l’origine pour des boutiques de vêtements, doivent être réécrites. L’angle du film change complètement. « J’ai dû m’adapter très vite. »

Le tournage se fait avec un iPhone. Julia pose les questions en français — un français encore hésitant, mais suffisant. « Elle me comprenait très bien mais elle se sentait plus à l’aise pour répondre dans sa langue. »

Corinne parle de son atelier comme d’un espace ouvert, libre, où chacun peut venir peindre ce qu’il souhaite. Les autres femmes présentes acceptent aussi d’apparaître à l’image.
Un cliché tombe pour Julia. « J’avais entendu dire que les Français ne voulaient pas parler. Ce n’est pas vrai. Ces dames étaient très gentilles, très ouvertes. »

Apprendre la technique… en faisant !

Si Julia n’avait aucune expérience en vidéo, le cours lui a donné des bases précieuses : varier les plans, montrer le contexte, filmer les détails, penser au regard du spectateur. « Tout le monde peut filmer avec un téléphone. Mais pour un documentaire, il faut savoir comment raconter. »

L’étudiante a rapidement mis en application ce qu’elle a appris : faire des plans extérieurs, des plans de coupe, filmer les pinceaux, les murs couverts d’œuvres, poser des questions qui permettront des réponses claires, sans voix off au montage… Pendant l’interview, elle veille à ce que l’interviewée la regarde elle, et pas la caméra, pour une perspective plus dynamique.

Le tournage se fait en une journée. Le montage, lui, s’étale sur trois après-midis.
« C’était ma première fois. J’ai tout fait seule : choisir les séquences, assembler, corriger. J’ai montré une première version à Ulrike BÖHNISCH, l’intervenante professionnelle, elle m’a donné des conseils, j’ai ajusté. » Résultat : 3 minutes et 27 secondes d’un documentaire sensible et maîtrisé.

Ce que ce projet lui a appris, sur la France, et sur elle-même

Au-delà de la technique, ce documentaire a été une révélation. « J’ai appris à être patiente, à persévérer, à essayer de nouvelles choses. J’étais fière de tout le projet. »

Julia a découvert une France plus ouverte qu’elle ne l’imaginait. Une ville, La Rochelle, où l’on peut entrer quelque part par curiosité et en ressortir avec une histoire. Mais surtout, elle a découvert sa propre capacité à s’adapter, à apprendre vite, à oser, même sans tout maîtriser.

Or, ce premier mini-documentaire a été un point de départ. En projet final de semestre, Julia a en effet réalisé un film plus long, intitulé Faces of La Rochelle, pensé comme une déclaration d’attachement à la ville qui l’a accueillie. En donnant la parole à celles et ceux qui vivent et travaillent à La Rochelle, elle tisse un récit fait de visages, de parcours et de gestes du quotidien, révélant une identité de la ville profondément humaine et sensible. On y retrouve l’artiste de la rue du Cordouan, mais aussi un cuisinier du restaurant gastronomique Christopher Coutanceau et le manager du bar La Guignette, une « institution » bien connue des étudiants notamment. Pour prolonger cette exploration, Julia a également imaginé un guide associé au documentaire, comme une invitation à parcourir La Rochelle avec un autre regard.

 

Le semestre prochain, Julia changera de programme pour intégrer le BBA. Elle retournera ensuite un an au Brésil pour terminer son Bachelor, avec l’objectif, à terme, de revenir en France pour un master. Peut-être dans la mode, peut-être ailleurs… La jeune femme ne sait pas encore exactement où elle ira. Mais une chose est sûre : « Je sais que j’ai déjà changé ici. Et que j’ai envie de continuer à créer. »

Le mot de l’intervenante : Ulrike BÖHNISCH, documentariste, enseignante en audiovisuel pour Excelia Communication School

« Julia a fait preuve d’un vrai « débrouillardisme ». Elle a joué le jeu jusqu’au bout, et ce projet vidéo l’a clairement poussée à aller à la rencontre des autres. C’est tout l’intérêt du documentaire : il devient un prétexte à la rencontre, oblige à adopter une posture professionnelle, à s’intéresser au monde de façon sensible. Dans sa démarche, Julia a osé pousser les portes de lieux qu’elle ne connaissait pas, et ce sans réelle maîtrise du français. En tant qu’enseignante — et d’abord professionnelle de terrain — j’ai le sentiment, en voyant son travail, d’avoir réussi à transmettre cette approche. »